La firme québécoise iCible, qui est derrière le logiciel de billetterie Tuxedo, vient de révéler les résultats d’une importante étude qu’elle a effectuée dans les dernières années.
Intitulée “Étude sur l’évolution des prix des billets de 2003 à 2023”, cette analyse compare l’évolution des prix en se basant sur 3000 spectacles provenant de près de 70 diffuseurs québécois. Le but étant d’analyser la progression du revenu médian des consommateurs québécois versus l’inflation du prix des billets de spectacle.
Les résultats sont clairs selon la firme : en proportion de leurs moyens financiers, les spectateurs paient moins cher qu’il y a 20 ans pour assister à un spectacle québécois. L’effort demandé au public aurait diminué, tandis que les coûts de production, eux, auraient suivi l’inflation.
Alors que le revenu médian a progressé de 109% depuis 2002, les prix moyens des billets ont seulement augmenté de 37%, passant de 29$ à 40$.
En 2002, il fallait environ 2 heures de travail au salaire médian pour s’acheter un billet de spectacle. Aujourd’hui, il n’en faut que 1h15.
Le prix moyen d’un billet devrait plutôt être de 45$ si les prix avaient suivi l’inflation, et de 61$ s’ils avaient évolué proportionnellement au revenu médian des Québécois.
Mathieu Bergeron, vice-président numérique, fondateur et auteur de l’étude chez iCible a une opinion très tranchée concernant les conclusions de son étude :
“Cette étude met en lumière un paradoxe frappant : pendant que notre milieu culturel fait face à des défis financiers croissants, l’effort économique demandé au public a en réalité diminué. Nous assistons à une ‘réduflation artistique’ : moins de musiciens sur scène, des décors simplifiés, des équipes réduites. Pendant ce temps, l’industrie de la revente de billets capte une valeur qui devrait revenir aux créateurs.”
Toujours selon iCible, “cette sous-valorisation systémique explique pourquoi les producteurs et diffuseurs peinent à maintenir des standards de production élevés”.
Au-delà du diagnostic, l’étude propose 11 pistes d’action pour adresser cette situation. En une phrase : il faut immédiatement augmenter le prix des billets, et instaurer des mécanismes pour les ajuster automatiquement à l’avenir.
Dans un contexte où le portefeuille des Québécois est sollicité de toutes parts, la firme québécoise explique que son étude “démontre que les montants en jeu pour le spectateur demeurent modestes, représentant quelques dollars additionnels par année pour la majorité du public qui fréquente les salles une ou deux fois.” Pour les fans de musique québécois, cela représenterait un autre compromis à faire dans un budget déjà serré.
Un réajustement des prix à la source permettrait, selon iCible, d’améliorer la qualité des productions, mais aussi de créer davantage d’emplois qualifiés et de retenir les talents créatifs au Québec.
L’étude complète est disponible sur le site web de Tuxedo.
De son côté, la directrice de la programmation chez Diffusion Saguenay, Claudine Bourdages, est du même avis, expliquant qu’il est temps d’augmenter les tarifs à la billetterie. “Quand on veut vraiment aller voir notre artiste chouchou, ce n’est pas un ou deux dollars qui va faire la différence sur le foyer.” a-t-elle expliqué lors d’un passage à l’émission Place publique sur OHdio.
L’étude sous la loupe : Entre données et intérêts
Concernant la crédibilité de l’étude et des conclusions qu’elle propose, il est de mise de clarifier certains points afin de pouvoir se faire une idée claire.
La firme iCible appartient à l’homme d’affaires Jean-François Renaud. C’est en janvier 2025 qu’il a acquis la firme fondé par Mathieu Bergeron (auteur de l’étude) et Vincent Bergeron.
Selon un mémoire officiel déposé par la firme à l’Assemblée nationale du Québec en février 2026, la plateforme Tuxedo est aujourd’hui utilisée par près de 200 salles de spectacle et producteurs d’événements au Québec.
Avec 30% à 40% des billets vendus dans la province qui transitent par sa technologie, la firme québécoise s’impose comme le 2e plus gros joueur en volume de billetterie au Québec, juste derrière le géant américain Ticketmaster.
Monsieur Renaud dirige également la firme Concertium, une agence qui assure la gérance d’artistes majeurs de la scène musicale et humoristique québécoise, tels que Mike Ward, Alex Nevsky, Michel Barrette, Martin Petit et Cathy Gauthier.
Pour les artistes, une hausse des prix se traduit généralement par une augmentation des revenus, et par ricochet, une hausse de la commission de la firme de gérance.
En octobre 2025, Concertium a annoncé l’acquisition d’une participation majoritaire dans Spectra Musique et l’Agence evenko (division du promoteur evenko, détenu à 49% par Live Nation).
Jean-François Renaud se retrouve ainsi au coeur d’un écosystème où coexistent la représentation d’artistes (Concertium), une plateforme de vente de billets (Tuxedo) et une étude analytique sur le marché (iCible).
Même si l’étude s’appuie sur des données réelles et massives, certains observateurs noteront que la firme a tout intérêt à voir les tarifs grimper.
*
Pendant ce temps, l’émission Enquête a publié un reportage sur les façons de faire d’Evenko, Live Nation et Ticketmaster au Québec.
[Via iCible]

