Hugo Mudie partage une touchante lettre aux futures rock star du Québec

la voix hugo mudie
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la voix hugo mudie

Hugo Mudie, le chanteur de The Sainte Catherines (Yesterday’s Ring, Miracles et de nombreux autres projets), le fondateur du Pouzza Fest et le punk qui s’était fait prendre à La Voix 2017 avant de choker, a sorti une excellente lettre aux futures rock stars du Québec.

Cette lettre a été lue sur les ondes de l’émission On dira ce qu’on voudra avec Rebecca Makonnen. Mudie sait de quoi il parle. Il a déjà raconté ses histoires de party, de limousine et de cocaïne avec Fat Mike à Las Vegas. Il prévient donc les rock stars et tous les autres musiciens qui veulent vivre cette vie de rock en plus de les inviter à changer ce modèle.

Voici sa lettre intégrale.

Lettre Hugo Mudie Futures Rock Stars

Chère future rock star,

Je t’écris aujourd’hui pour te mettre en garde.

Je sais qu’en ce moment, tu te dis dans ta tête : « Ta gueule vieux has been qui n’a jamais été vraiment big. »

Je comprends. Tu as raison, mais à ton âge, avec du recul, j’aurais probablement aimé qu’un vieux fini me conseille et me prévienne sur ce qui s’en venait. J’aurais probablement gardé les yeux ouverts et regardé par terre pour éviter les pièges, lors de ma longue marche dans la forêt des mal-aimés du show-business.

J’aurais probablement trouvé une autre façon d’expulser ma haine, de chercher de l’amour dans les yeux et les applaudissements des inconnus.

Il y a une façon d’atteindre tes buts et de vivre tes plus grands rêves musicaux sans tomber dans les pièges du cliché de la rock star.

Prends-toi un grand verre d’eau, assois-toi et écoute-moi sans rouler des yeux.

Tu veux être une rock star et c’est un bon choix de vie, mais aussi un choix très difficile qui vient avec beaucoup de pression et de responsabilités. Tu dois faire rêver. Tu dois « entertainer ». Tu es au service de tes auditeurs, mais tu veux aussi célébrer ton individualité.

Je sais que tu te demandes en ce moment comment il se fait que le terme rock star soit aussi utilisé pour décrire un rappeur, un chef d’orchestre ou un chef cuisinier, et même un gars avec une boucle d’oreille qui vend des maisons à Saint-Hubert, « la rock star des agents immobiliers de la Rive-Sud ».

Ne t’en fais pas, ils n’en sont pas. Entre nous, nous nous reconnaissons, et seul un musicien qui joue véritablement du rock et qui fait rêver les gens est considéré comme tel. Les autres rêvent de s’en approcher en ajoutant du denim à leur uniforme. Laisse ça aller. Tu sais qui tu es.

La principale raison pour laquelle je t’écris en ce moment, c’est pour que tu ne tombes pas dans le principal piège de la rock star officielle, la consommation obligatoire, l’autodestruction. Ce n’est pas à moi ni à personne d’autre d’ailleurs de te dire ce que tu devrais mettre dans tes différents orifices. Je suis pour le concept d’apprentissage par essai et erreur.

Je pense que certaines personnes servent peut-être même à nous montrer que la vie est un simple jeu avec des règles tout à fait variables. Elles servent à nous faire rêver grâce à leur endurance, à leurs gènes magistraux. On s’entend, j’aime appliquer le terme « rock star » à Keith Richards plutôt qu’à un Marc Dupré. Je ne cherche pas la propreté calculée, au contraire, mais ce n’est pas tout le monde qui peut être Keith Richards et se le faire accroire serait une erreur.

On n’est pas tous faits pareils. On n’a pas tous les moyens de faire filtrer son sang en Suisse de temps en temps. Il y a autant de sortes de rock stars que de sortes d’humains. Sois la rock star que tu es vraiment.

Tu n’es obligé de rien. Tu n’es pas obligé de fumer un joint au réveil et d’être mêlé raide, gaspillant la moitié de ta journée à réfléchir au fait que ce serait hot aller au « dep » t’acheter des Lay’s sel et vinaigre.

Tu n’es pas obligé non plus de boire un 26 oz de Jack Daniel’s au complet dans une loge avant un spectacle à Sherbrooke et de vomir sur tes souliers juste avant de monter sur scène pour fausser et à peine jouer de ta « guit ». Ça n’impressionne personne, sauf tes six chums.

Tu n’es pas obligé de te lever du divan d’un dude en tournée à Shamokin, en Pennsylvanie, et d’accepter sa bière et sa moitié de speed, alors que tu es encore en « bobettes » et en bedaine, les yeux collés. Toi, il te reste un autre mois de tournée où tu passes les trois quarts de ton temps dans un camion à manger de la bouffe de truck stop. À te dépêcher pour arriver dans un autre bar pour finalement attendre encore. Un partyn’attend pas l’autre.

Lui, il retournera travailler le lundi, pour vivre bien doucement jusqu’au prochain party avec la prochaine rock star dans quelques mois. Toi, tu deviens le party dans chaque ville où tu passes, chaque soir, mais tu n’es pas obligé de faire plaisir à tout le monde, tout le temps. Ce sont des inconnus.

Ils s’en remettront que tu ailles te coucher après ton set. Ils aimeront tes chansons quand même. S’ils jugent de la qualité de ton œuvre par l’heure à laquelle tu te couches après ton spectacle, ils ne méritent pas ta musique.

Le temps est ton pire ennemi, future rock star. Ta vie se résumera à « hurry up and wait », à tuer le temps, à ne rien faire.

Tout ce qu’il y a à faire, c’est de boire de la bière, tu penses, et après il y a le whiskey et le gin, le weed et l’ecstasy. Quand tu seras fatigué et que le statut de ton groupe et l’ampleur des partys augmenteront, il y aura la « coke », l’ennemi ultime du musicien en tournée, mais au début elle se fait passer pour ta meilleure amie.

Au début, tu vas te dire : « Wow, c’est magique la “coke”, ça me fait “tougher” jusqu’aux petites heures. Ça me permet de boire deux fois plus sans m’évanouir. Ça met des mots sur des sentiments et des concepts que j’ai en moi depuis toujours, mais que je ne réussis pas à exprimer. Ça me fait connecter avec toutes les autres rock stars en tournée avec nous. » Toutefois, prends garde, même si au début tu sembles ne pas trop avoir de hangover le lendemain de tes grosses soirées de poudre, ça va te rattraper.

Il y aura des vieux fatigants qui vont te dire : « Moi aussi à 20 ans, je pouvais faire le partyet me lever le lendemain bien en forme, mais tu vas voir, ça te rattrape. » Tu ne les croiras pas. Tu riras d’eux avec tes chums, mais le vieux « gossant » a raison. Un matin, tu te réveilleras et tu seras déprimé, tu remettras non seulement ta soirée d’hier en question, mais ta vie au complet. L’anxiété va te menotter.

Je ne vais pas te mentir et te dire que c’est plate la « coke ». C’est le fun. C’est même le fun « en crisse ». Peut-être trop le fun. « Vivre et laisser vivre » est ma devise, oui, mais si j’ai un regret dans la vie, c’est de savoir ce que ça fait la « coke ». Comment ça peut avoir du sens dans une soirée pour quelqu’un qui a du mal à s’intégrer, qui a toujours le goût de brailler, qui est incapable de s’intéresser à quelque chose, qui veut juste être aimé, qui est toujours en tournée.

Cela a juste trop de sens. C’est tellement brillant que ça finit par te brûler. À un moment donné, ce ne sera plus toi qui vas parler, ça va être la dope. Tes meilleurs amis, ta famille, ta blonde, les membres de ton groupe deviennent des fantômes. Tout ce qui compte, c’est le sac dans tes poches, qui en a, la prochaine « bump ». Garroche l’anneau dans le Mordor, future rock star.

Le pire dans tout ça, c’est que c’est ta musique qui va en souffrir. La chère musique qui t’a donné ce statut de rock star au début, le vrai but de tout ça.

C’est justement la musique qui peut vous sauver, toi et les autres. C’est la musique qui peut avoir du sens dans tout ça.

Aucune conversation entre deux zombies à cinq heures du matin ne va apporter du positif à cette vie. Toutefois, une magnifique chanson jouée avec émotion peut empêcher quelqu’un de passer de l’autre bord, un lendemain de dope. C’est là ta responsabilité, future rock star, peu importe le style, peu importe le genre.

Tu te demandes ce que tu vas faire maintenant? Qui vas-tu être d’abord?

J’ai des réponses future rock star. J’en ai vu beaucoup passer par là.

Fais autre chose pour tuer le temps. N’arrête pas le sport à 20 ans, comme tout le monde, pour le reprendre à 32 ans, quand c’est rendu tough pour les genoux et le dos. Continue à jouer au hockey, à lancer une balle, à « swinger » un bâton. Quand le temps est long en tournée, va visiter la ville, sors du bar ou du van, sors du backstage, va boire un café, va à la bibliothèque, va voir des gens, va te baigner, lit un livre, va voir des édifices, va regarder le ciel, va au cinéma. Trouve-toi des passions autres que la défonce. Ce que tu es sur la scène peut ne pas nuire à qui tu es vraiment. Reste proche de tes amis, tes vrais amis. Plus tu vas passer de temps en tournée, plus tu vas manquer des choses de la vie normale : des anniversaires, des partys, des Noëls, des mariages, des naissances. Tu vas te sentir rejeté et tu le seras. C’est dur pour les gens de comprendre tes motivations, mais ne les juge pas. Tu n’as pas besoin de te rejeter toi-même, pas besoin de juste fréquenter d’autres rock stars, pas besoin d’absolument impressionner les gens que tu trouves cool. Aime ceux qui t’aiment vraiment.

Sinon, future rock star de sexe masculin, il y a aussi les filles dans tout ça. Si tu es toi-même une fille, je ne peux me permettre de te donner des conseils. Je n’ai aucune idée de ce que cela fait d’être une fille dans ce boys’ club de macho men hommes-enfants.

Si tu es un gars, encore une fois, fais attention. Ne soit pas un cliché du colon sans émotions. Pas besoin de traiter les filles comme de la merde. Pas besoin de coucher avec une fille différente dans chaque ville et de donner des détails sur ta nuit aux gars dans le van, comme si tu parlais d’une partie de hockey. Pas besoin de ridiculiser les filles qui aiment ta musique. Tu cherches à être aimé, accepte l’amour. L’amour, ce n’est pas nécessairement du sexe. Oui, je sais, il y a des filles qui veulent juste coucher avec toi et c’est correct, et ce serait con de ne pas en profiter. YOLO et tout.

Toutefois, tu peux quand même les traiter comme des êtres humains à part entière. Tu peux leur parler, tu peux connaître leur nom. Tu peux ne pas les ignorer quand tu deviens plus big et qu’une fille plus hot, qui a de la poudre dans sa sacoche, veut te ramener chez elle. Même si ça fait rire tes chums, même si ça fait de bonnes histoires, au bout du compte, une relation est une relation et tu n’es au-dessus de personne. Tu es juste bon dans un domaine où les autres aimeraient réussir aussi, pas besoin d’être un con pour autant.

Chère future rock star, on a besoin d’un nouveau modèle de rock star. On est tannés.

On veut des rock stars qui sont audacieuses, weird, spéciales, vivantes, arrogantes, influentes, qui font réfléchir et qui sauvent des vies.

On a fait le tour du cliché du trou du cul qui se défonce, qui se fout de tout le monde et qui finalement meurt d’une overdose.

Bonne chance, future rock star! Je crois en toi.

*

[Via On dira ce qu’on voudra – Radio-Canada]

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